Ecole du spectateur

Amphitryon - Louis Rubellin 2nde 4  par Francois Rubellin le 2018-02-19

            Samedi 10 février 2018, grâce à l’École du Spectateur de M. Berr, nous sommes allés voir une pièce au théâtre de Fontainebleau, Amphitryon, de Molière. Cette pièce, à part dans le répertoire de l’auteur, n’étant pas beaucoup montée, ce devait être pour nous être une chance d’y assister. Avant de donner mon avis sur ces deux heures de représentation, voici d’abord un rapide synopsis.  Jupiter, Roi des Dieux, est séduit par la beauté de la jeune et belle Alcmène, qui est mariée au général thébain Amphitryon. Afin de pouvoir passer la nuit avec la jeune femme, Jupiter prend l’apparence du général, tandis que Mercure, qui l’aide dans cette aventure, prend l’apparence de Sosie, le serviteur d’Amphitryon. Le véritable Sosie, dépêché en hâte par son maître d’aller annoncer la victoire thébaine lors de sa dernière bataille, rencontre à Thèbes cet « autre lui ».

            Lors de la rencontre entre le metteur en scène et l’universitaire Jean-Luc Deschamps, un bord de scène, à laquelle nous avons assisté, le metteur en scène a dit vouloir faire pour cette pièce un décor qui soit dans l’esprit « théâtre à l’italienne » utilisé à l’époque de Molière, usant ainsi d’effets à la fois d’effets pyrotechniques et inattendus. Pour ce faire, étaient accrochés au-dessus de la scène des ballons aux formes diverses et variées, évoquant ou représentant des planètes. Au-dessous, sur la scène, une estrade banale où jouaient les acteurs. Pour le metteur en scène, deux dimensions régissent la pièce : la première est une dimension vraiment cosmique, la seconde joue sur le rapport de pouvoir entre dieux et hommes. Cette mise en scène concrétise et mêle ces deux thèmes en rapprochant les deux univers et donc les deux conditions (divine/planète et mortelle/estrade), ici plus que jamais mêlées. Ironie, à la fin de la pièce, Jupiter quitte la scène en s’enfonçant dans la scène. Le décor est pour moi la seule chose à retenir de cette représentation.

            Or donc, la pièce commence. La Nuit, premier personnage de la pièce, est vêtue étrangement et est conduite par des personnes habillées d’une combinaison noire moulante leur recouvrant la totalité du corps excepté la bouche. Une connotation vaguement sexuelle, plaçant la Nuit comme maîtresse de ce genre de rapport (c’est d’ailleurs pour que la nuit se prolonge afin que Jupiter passe plus de temps avec Alcmène que Mercure vient la voir, sur ordre de Jupiter) voulue par le metteur en scène ? Toujours est-il que l’apparition du personnage suivant, Mercure, met tout autant mal à l’aise. En effet, l’acteur met du temps à se défaire des mousquetons qui attachent son costume à la barre métallique montante et descendante avec laquelle il est descendu sur la scène, avant de finalement s’adresser à la Nuit. Des premières impressions plutôt mauvaises. Et, hélas, ce sentiment est allé en s’aggravant au fur et à mesure que la pièce avançait, avec l’arrivée du personnage de Sosie, beaucoup trop axé sur une ligne comique, faisant tantôt une espèce de rap sur les paroles de Molière, tantôt des mimiques voulant peut-être imiter Louis de Funès, mais sans trop de succès, à vrai dire. Cette idée de comédie martelée par le metteur en scène lors de la rencontre gâchait trop la dimension « shakespearienne » de la pièce, son aspect psychologique. Mais s’il n’y avait que ça… En effet, les autres acteurs semblaient parfois hésitants, certains jouaient franchement mal (Jupiter) et les dialogues sont surprenants quand on sait que Molière est censé être un auteur classique (Mercure est traité par Sosie de « fils de putain » !!!). Enfin, les trois actes (dont le dernier semblait ne jamais vouloir s’arrêter) étaient entrecoupés d’intermèdes musicaux dont le Spectateur aurait parfaitement pu se passer.

            Amphitryon m’a donc déçu, ce qui est singulier car c’était pour cette pièce que j’avais choisi la série B de l’École du Spectateur. Nonobstant ce fait, j’attends avec impatience la prochaine pièce, L’Éveil du Chameau.